Sep 02 2009

Exercices de style au long cours.

Les Exercices de style de Raymond Queneau sont une base utilisable pour quantité d’applications scolaires dans le cadre d’un programme de français en seconde. Proposer à une classe entière d’écrire une centaine de petites productions selon le même principe peut sembler une sorte de défi, mais très vite les élèves se piquent au jeu, et dès que les choses deviennent sérieuses, ils comprennent l’utilité de continuer l’exercice.

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Enseignant :
Bernard Maréchal

Professeur de Lettres Classiques

Lycée Jean Michel

39000 LONS LE SAUNIER

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Objectifs :

OBJECTIF INITIAL DE L’ENTREPRISE

Le support littéraire :

  •  C’est une brève nouvelle d’Alphonse Allais, libre de droits et numérisée, Le criminel précautionneux, et l’objectif consiste à constituer un corpus d’une centaine de réécritures.
  • Ce support est donné aux élèves sous forme papier, accompagné d’une liste de « styles » possibles ; consigne est donnée d’avoir une partie du classeur réservée à cette activité, et de l’apporter à chaque séance.

L’objectif annoncé aux élèves est triple :

  •  Travailler pendant l’année entière 2008-2009 à partir de ce texte, dans l’ensemble des séquences et objets d’étude ;
  • Comprendre à chaque fois l’utilité d’un tel rapprochement, en termes de notions, de méthodes, d’apprentissages, de savoir-faire ;
  • Utiliser les TICE occasionnellement dans des circonstances où leur usage serait préférable au cours traditionnel. Pour cela, demande a été faite d’avoir une partie de l’horaire en salle informatique, ce qui a été accordé en janvier suite à l’installation d’un nouvel espace numérique dans le lycée.

Les buts visés par le professeur :

  •  But pédagogique : travailler de façon ludique, pour amener des réflexions sérieuses.
  • Buts didactiques : approcher la méthodologie du commentaire de texte et de l’explication de texte, les principes de l’écriture d’invention ; réviser et approfondir les notions de registre ; réutiliser au fur et à mesure de leur acquisition les diverses notions rencontrées au fil du programme annuel.
  • But indirect : contribuer de manière collaborative à la qualité de la langue.
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Contexte, durée et classe :
Classe de seconde, 31 élèves

Organisation du temps scolaire :

  •  Début de l’activité le 15 septembre 2008 ;
  • Une heure en modules par quinzaine, avec des interruptions pour d’autres activités, en salle informatique à partir de janvier ;
  • Travail en salle traditionnelle, papier-crayon, une heure par quinzaine jusqu’en décembre ; par la suite, le recours à l’écriture papier-crayon sera assez régulier, les TICE n’étant pas une obligation permanente ;
  • Une heure occasionnelle par semaine en classe entière, environ une fois par mois, en salle informatique à partir de janvier.
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Mise en œuvre et analyse des étapes de l’activité :

DESCRIPTION ET ANALYSE DE L’ENTREPRISE

Première phase, Septembre et début Octobre 2008 : les objectifs, et les moyens.

Objectifs.

  •  Lire, Analyser, Apprendre ou Réviser, dans le cadre de la première séquence de l’année, « Le travail de l’écriture ».
  • Lire quelques Exercices de style de Queneau, les comparer, les comprendre.

Moyens.

  •  Exercice de démarrage : récrire une phrase pauvre de deux mots (« Il pleut ») de trois façons différentes, pour chaque élève, lire, écouter, comprendre et analyser immédiatement les types de modifications effectuées par l’ensemble de la classe (images, niveau de langue, type de phrase, genre narratif ou argumentatif, introduction de personnages, changement d’énonciation, etc.) pour les noter et les classer.
  • Saisie TICE des 32 x 3 textes (avec élimination des doublons trop proches) pour constituer une base qui sera classée ultérieurement.

Analyse-bilan.

Cette première phase a été menée sans trop de difficultés. La série des textes produits est visible sur l’état des lieux en novembre, il n’y a pas eu de classement avant cette période, et à la mi-octobre seulement trente textes avaient été réellement achevés. Ils n’ont pas été différenciés lors de la constitution du paquet de novembre.

Deuxième phase, Octobre et Novembre 2008 : les objectifs revus, et les réalisations.

Objectifs.

  •  Analyser et Lire, pour Écrire, Collaborer, Corriger, dans le cadre de la même séquence, et au début de la séquence suivante, « Le genre narratif », abordée par la nouvelle et le registre fantastique (Le Horla 1 et 2, et Lettre d’un fou, de Maupassant).
  • Partir de la nouvelle d’Alphonse Allais (texte donné en annexe et figurant dans la plupart des documents joints ou téléchargeables plus bas) : lecture, analyse du contenu, travail de résumé.
  • Commencer la saisie systématique, les relectures, les lectures croisées, et l’organisation du futur « recueil ».

Réalisations.

  •  Production d’une petite série de « styles » à la maison, lecture en classe, analyse, comparaison, obligation de conserver tous les brouillons et ratures de chaque production individuelle ou collective, jusqu’à la fin de l’année (utilité de la conservation des brouillons).
  • Élaboration collective d’un « cahier des charges », et d’une série de styles (après consultation sur Internet de sites présentant des propositions théoriques et des exemples pratiques). Titivillus est un site intéressant, qui ouvre vers quantité de pistes ludiques.
  • Une fois par semaine, en modules, travail par groupe de deux ou trois élèves sur un style, avec aide du professeur, pour analyser et noter les contraintes inhérentes à chaque choix.
  • Une fois par quinzaine, saisie informatique sur l’espace classe, mise à disposition de chaque élève du texte originel, enregistrement et consultation en fin de séance de toutes les petites productions, travail Internet pour certaines contraintes (citations, dictionnaires en ligne).
  • Les élèves ont été à ce moment rapidement initiés au principe de la carte heuristique.
  • A l’occasion de l’analyse de la Lettre d’un fou, après avoir dégagé les caractéristiques du fantastique, écriture à contraintes, lors d’un DS, d’une nouvelle fantastique. Pendant la correction du devoir, analyse rétrospective des contraintes qu’il aurait fallu appliquer, lecture de quelques copies qui ne répondent pas à la « norme » fantastique, lecture de deux copies qui y répondent, qui sont choisies pour être très légèrement retouchées dans leur forme et numérisées ensuite. Ces deux textes ont finalement été conservés et intégrés à la carte finale et au document papier.
  • Écriture collective d’un style « Explication de texte littéraire », dans le cadre de l’approche des extraits de Maupassant, afin de faire apparaître des procédés de formulation écrite, et d’acquérir des notions nécessaires au cours de français. Ce texte a été saisi et figure dans la carte finale (branche « Conclusion »). De temps à autre, écriture à la maison ; les élèves qui le souhaitent, hors du cours de français, peuvent accéder à leur travail et le peaufiner s’ils le souhaitent.

Analyse et bilan.

Peu à peu le corpus s’est constitué. Mais dans la pratique, le « recueil » est encore très loin d’avoir une forme reconnaissable, car le classement n’a pas beaucoup avancé.

Troisième phase, Novembre et Décembre 2008 : objectifs à peu près inchangés, ralentissement du rythme.

Objectifs.

  •  Retour sur le corpus en partie constitué, pour analyse et classement.
  • Le projet prévoyait de faire écrire à chaque élève (ou groupe de deux) une carte heuristique par « style » produit, constituée de deux branches : le ou les textes produits, et une petite analyse méthodique des contraintes qu’il a fallu appliquer.
  • Plus tard, chaque petite carte devait être collée sur une arborescence géante, par le professeur.

Bilan de la phase 3.

Mais on n’a pas abouti : le travail d’écriture a obnubilé le travail de réflexion a posteriori, il faudrait donc obliger les élèves à produire les deux en parallèle.

Bilan intermédiaire en décembre 2008 et décision de poursuivre l’expérience :

Un certain nombre de procédures mentales et techniques ont d’ores et déjà été trouvées par les élèves.

  •  Il faut travailler sur le sens, donc les synonymes, les modalisateurs, les registres ;
  • Il faut travailler sur le lexique, donc parfois la grammaire, réfléchir par analogie, penser au son et au rythme ;
  • Il faut travailler sur l’aspect rhétorique d’un texte, donc sur la phrase, la conjugaison, l’énonciation, le lexique, les figures, la ponctuation ;
  • Il faut travailler sur le genre du texte, donc réfléchir à la mise en narration ou description, sur la longueur, sur l’énonciation, sur la présence de personnages et partant de caractères ;
  • Il s’agit d’écriture ludique, il faut donc chercher l’effet que l’on veut produire, penser à la notion de chute, de surprise, viser une certaine virtuosité et originalité, etc. ;
  • Dans tous les cas, il faut réfléchir à ce qu’on garde, ce qu’on supprime, et aux raisons qui le justifient.
  • De légers progrès ont été constatés dans la manipulation de certains outils : la compréhension des figures et des subtilités du lexique.

Quatrième phase, Janvier et Février, puis Mars 2009 : objectifs liés à la progression dans la série des objets d’étude au programme, et des activités légèrement en décalage.

Objectifs initiaux.

  •  Une série de petits travaux ludiques, commencés le 20 décembre et laissé de côté, a donné plus tard une réécriture collective : la nouvelle d’Alphonse Allais représentée comme une partie de cartes, ce qui suppose la création d’un cahier des charges. Les élèves ont travaillé individuellement, et créé chacun une petite carte heuristique.

Réalisations.

Analyse-bilan.

  •  Ainsi chacun a pu observer le travail de ses camarades, et une carte collective a été dressée puis mise en ligne.

Retour sur un objectif non abouti.

  •  En mars, une séance d’une heure en classe entière a été consacrée à écrire un seul texte « Partie de cartes ». Ce texte figure dans la carte totale, sous la forme d’un règlement de jeu et d’un petit récit.

Nouvel objectif.

  •  A l’occasion de la séquence « Argumentation », un retour a été fait sur les caractéristiques « Persuader » et « Convaincre », en parallèle à la lecture du Dernier jour d’un condamné, de Hugo.
  • Les notions clés de l’argumentation, thèse, thème, argument, exemple, nature et forme des arguments (analogie, cause-conséquence, concession, syllogisme, autorité, apologie, plaidoyer,réquisitoire, réfutation, etc.) ainsi que le registre pathétique, ont été exploités au fur et à mesure de leur découverte ou redécouverte, et employés dans une nouvelle tentative de réécriture de la nouvelle : « Thèse-Antithèse-Synthèse ». (Voir notamment un exercice fait avec une carte heuristique : une correction de devoir sur le texte de Montesquieu à propos de l’esclavage des nègres)  
  • Le travail consistait à élaborer un réquisitoire, et un plaidoyer, et à les combiner de manière à formuler deux productions écrites, l’une « coupable », l’autre « non-coupable ».
  • Les outils de l’argumentation devaient être réutilisés : concéder, réfuter, illustrer, renchérir, déplacer le sujet, etc.

Réalisation partielle.

La séance prévue pour l’argumentation orale (débat avec arbitre) n’a pas pu avoir lieu, et seul le plaidoyer a été réussi et validé malgré ses imperfections.

Cinquième phase, Avril 2009, et jusqu’à la fin de l’année scolaire : objectifs et réalisations, échecs partiels.

1°) Les projets mal réussis.

  •  Projet de publication (à l’occasion de la séquence « Lire Écrire Publier ») en ligne sur site d’établissement. Le projet a été entravé par la nécessité de traiter la séquence Théâtre, ce qui a permis une petite réécriture, peu aboutie, et on n’a réalisé qu’une partie de cette entreprise.
  • La notion de Préface ayant été abordée dans l’objet d’étude et la séquence « Mouvement littéraire et culturel : le naturalisme » (par un retour sur le genre narratif avec L’assommoir), il a été envisagé d’en écrire une pour le recueil. Le projet a été mené lors d’une séance de modules, en groupes de deux ou trois élèves, mais une seule Préface a été choisie pour sa brièveté et son aspect humoristique. Elle figure dans la carte finale du 31 mai.
  • Parallèlement, il était prévu de procéder à une publication papier, pour dépôt au CDI de l’établissement. On a élagué, reformulé, recommencé le classement avec de nouvelles catégories pour essayer d’intégrer les textes trop décalés. Un document assez volumineux en a résulté, qui circulera peut-être à la rentrée scolaire prochaine.

2°) Les projets moins ratés.

  •  Le reste du travail a abouti au choix et au montage d’une certaine somme de documents, après réécriture et relecture, en un seul fichier équipé de liens hypertextes permettant de naviguer d’une table des matières (reclassée) aux différents « chapitres ». Ce document est téléchargeable ici sous trois formats, *.odt avec liens actifs, *.doc avec liens actifs, et *.pdf avec liens actifs.
  • Une tentative de « Quatrième de couverture » a été faite dans une autre séance de modules. Elle n’a pas pu être intégrée au document papier, ni à la carte finale, par le professeur ou par les élèves.

3°) Un dernier essai assez réussi.

  • On a essayé de réécrire la nouvelle en la liant au « Mouvement littéraire et culturel » du naturalisme, en parallèle à la lecture de L’assommoir de Zola. Comme une page étudiée montrait la petite Nana faisant enrager une certaine maîtresse d’école « Mademoiselle Josse », et que le bijoutier assassiné a le même nom, les élèves ont procédé à une série de petites réécritures complexes, consistant à inventer la partie de la vie invisible de ce bijoutier, fils naturel de ladite institutrice, en essayant de rester fidèle aux caractéristiques du naturalisme au fur et à mesure qu’elles s’établissaient dans la lecture du roman de Zola.
  • Voici la description des activités enchaînées sur 4 semaines.

a) Première séance, en modules. Dans le premier groupe d’élèves, tous, individuellement, écrivent un petit texte, en une heure.

b) Deuxième séance, la semaine suivante. Dans l’autre groupe, selon les mêmes modalités, on récrit les textes, sans en enlever un seul mot, mais en les augmentant, en les étoffant, en contournant les difficultés dues à des erreurs de saisie, voire en déformant leur visée narrative, en ajoutant des personnages. Seule tolérance : changer la ponctuation si on refait une phrase.

c) Troisième séance, la semaine suivante. Les élèves reprennent leur texte modifié, ou celui d’un camarade, et l’augmentent à nouveau, toujours dans le but de respecter le principe, montrer l’influence du milieu sur l’individu, et en tenant compte de l’arbre généalogique des Rougon-Macquart, pour éviter tout incohérence narrative trop forte.

d) Quatrième séance, semaine suivante. Dernière expansion des textes. Ensuite, il est prévu d’en choisir quelques-uns et des les intégrer au document papier, et peut-être à la carte heuristique finale.

calculator   Bilan global :

BILAN GLOBAL : RÉUSSITES ET ÉCHECS

Réussites

  •  Didactiquement :

On a pu apprendre et comprendre les principales notions qui seront réutilisées en classe de Première, sur les genres littéraires, les registres, les outils d’analyse rhétorique, par exemple : écrire des lipogrammes, à propos de l’explication d’un texte oulipien, pour comprendre des outils simples de la langue : changer de temps verbal, de groupe verbal, de voix, de personne, de nombre, de genre, de structure de phrase, trouver des synonymes.

On a pu aussi régulièrement mettre en pratique le cours pour écrire des textes, ou l’inverse.

On a aussi essayé d’exploiter systématiquement, dans des travaux dits sérieux, des notions et méthodes découvertes au cours de la lecture dite ludique, et il en est resté une bonne base, compte tenu des oublis inévitables encours de route.

Un exercice particulier, écrire uniquement avec des masculins, et uniquement avec des féminins, a permis de faire mieux comprendre des erreurs orthographiques dues à des accords, en guise de remédiation orthographique pour deux groupes d’élèves

  •  Pédagogiquement, le travail ludique, pour découvrir ou renforcer une notion difficile apprise, s’est avéré un moteur.
  •  Notamment, les exercices de réécriture d’un texte écrit par un autre élève ont eu beaucoup de succès, et ont montré les difficultés de s’intégrer dans un texte dont on n’est pas l’auteur absolu.
  •  Techniquement, les élèves ont appris, au passage, à travailler à l’aide de cartes heuristiques, dans d’autres circonstances pédagogiques, et à maîtriser un certain nombre d’outils TICE, dans le respect des règles collaboratives à l’intérieur d’un espace numérique.

Échecs ou demi-réussites

  •  Bilan fin mai : on n’a pas fait tout ce qui était prévu, mais un très grand nombre d’exercices ont tout de même donné des écritures, des lectures comparées, et globalement les élèves ont résisté à ce traitement.
  •  Il y a eu énormément de « déchet » dans le travail, certains élèves sont restés en marge de l’entreprise, et ont profité de la situation de petit groupe pour rester inactifs.
  •  Toutes les notions abordées n’ont pas pu être cadrées rigoureusement dans le processus d’apprentissage d’une année de seconde.
  •  En parallèle à un retour méthodologique sur la technique du commentaire de texte littéraire, lors de la délivrance d’un plan collectif où chaque élève doit choisir un passage afin de le rédiger, cet exercice ludique de « saccage » a porté des fruits inattendus : une meilleure maîtrise de l’insertion des citations d’auteur dans un texte de commentaire, et une meilleure maîtrise du développement d’un plan détaillé. en revanche, les exercices proprement dits de « commentaire de texte littéraire » n’ont pas été vraiment réussis, car il y avait eu un trop grand laps de temps entre l’apprentissage et la mise en application finale.
shoeprints Limites et prospective :

Prospective

  •  Il semble que l’expérience gagnerait à être limitée dans le temps, sur un trimestre au maximum, et à ne pas commencer dès septembre, de façon à ne pas donner l’illusion que ce sera le lieu de la récréation permanente et de l’inventivité débridée.
  • Il importe au contraire de cadrer plus rigoureusement tous les exercices.
  • L’expérience sera tentée à nouveau l’année prochaine, après les séquences « Genre narratif » et « Argumentation », de manière à réduire l’ambition de la réécriture.
  • Il serait judicieux de choisir un support plus long, de manière à conduire les élèves à la pratique du raccourci et/ou de la sélection.

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