Podcast : réaliser l’interview d’une héroïne de roman avec l’IA.

Ce projet se propose d’utiliser une IA générative en classe comme tuteur à l’écriture d’un script de podcast. 

Les élèves sont conduits à réaliser un podcast consacré à la place des femmes dans la société.  Ils mènent l’interview d’une héroïne issue d’un roman patrimonial. Le script du podcast a été élaboré avec l’aide de l’IA en tant qu’assistant d’écriture. Ce projet mêle culture littéraire, esprit critique et compétences orales.

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Enseignant :
Lou Trico

Collège Jules Ferry de Delle

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Contexte, durée et classe :

  • TraAM 2025-2026
  • Expérimentation sur l’IA au sein du collège, en partenariat avec le PARDIE et la DRANE
  • Une classe de 4e
  • La création du podcast intervient dans une séquence ayant pour ligne directrice la place de la femme dans la société (Individu et société : confrontation de valeurs ? ) 
  • Durée du projet : 7 h
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Objectifs :

  • Améliorer son texte avec une IA
  • Améliorer sa maîtrise de l’IA (RAG, Prompts complexes, itération de prompts)
  • Garder un esprit critique face à l’IA
  • Différencier oral et écrit
  • Structurer un texte
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Conditions matérielles :

  • Salle informatique ou tablettes/ordinateurs avec accès à internet
  • Une IA générative RGPD : Lumo
  • Des micros enregistreurs
  • Un logiciel de montage audio : Audacity
  • Des sites de sons libre de droit : La Sonothèque et Au Bout du Fil 
  • Inscription des applications d’IA au registre RGPD de l’établissement.
    – Pas de compte élève.
    – Connexion internet de l’établissement.
  • Tuto : Audacity 
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Mise en œuvre :

Les élèves ont débuté ce projet en réalisant des exposés sur des héroïnes littéraires provenant d’œuvres patrimoniales (Esmeralda,  Emma Bovary, Fantine…).

  • Après avoir fait des recherches, ils ont appris à utiliser le RAG afin de résumer ces œuvres uniquement autour de leur personnage :  ils ont téléchargé les textes sur Wikisource et les ont transmis à l’IA.
  • Cette utilisation de l’IA  a pu être débattu entre professeurs puis au sein de la classe :  Faut-il montrer aux élèves comment extraire des informations d’une œuvre sans qu’ils aient besoin de la lire ?

 

Les élèves ont ensuite décidé du barème pour la notation  de ce podcast après une réflexion sur la difficulté de noter un travail assisté par IA .

Par groupe, ils ont réfléchi au script de leurs émissions et aux questions qu’ils pourraient poser à leurs héroïnes.

Après avoir tout rédigé au brouillon,  la classe a mis en place une méthodologie : comment utiliser l’IA pour améliorer son texte ? (Mise  en  forme  par l’enseignante avec  NotebookLM)

Les deux heures suivantes ont permis de mettre en œuvre leurs idées afin d’améliorer les textes : changement du niveau de langage selon l’époque, selon la condition sociale, selon l’âge du personnage…

Les groupes ont également utilisé Lumo pour obtenir les réponses des héroïnes. Ils ont ainsi pu travailler leur esprit critique face à l’IA, modifier les réponses et créer une fiche méthodologique : comment avoir un regard critique face à l’IA ? (Mise en forme par l’enseignante avec Copilote)

Enfin, chaque groupe a pu s’enregistrer et mixer son podcast, ajoutant ainsi bruitages, jingle et fond sonore.

Une heure a été consacrée à la restitution du travail en écoutant les podcasts de chacun.

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Résultats :

  • Concernant l’utilisation de l’IA comme générateur de résumé, les enseignants ont admis qu’un élève qui n’avait pas l’intention de lire une œuvre ne le ferait pas, avec ou sans IA. L’aspect ludique de l’IA peut à l’inverse pousser l’élève à développer sa culture littéraire.
  • Les élèves, quant à eux, ont accueilli cette utilisation de manière positive : « ça nous aide à comprendre le texte« , « ça simplifie les informations« .
  • Si quelques-uns ont relevé une difficulté face au vocabulaire employé par l’IA, aucun n’a pensé à l’utiliser comme substitution à la lecture.
  • Les enseignants ont remarqué que les élèves ayant un très bon niveau en français étaient récalcitrant à l’utilisation de l’IA pour améliorer leur texte : « Ce n’est pas aussi gratifiant que de le faire soi-même« .
  • D’ailleurs, on note un refus catégorique des élèves, dans la création du barème, de noter de la même manière les élèves qui ont utilisé l’IA pour trouver des idées : « C’est injuste, ce n’est pas la même charge de travail. »
  • De nombreux élèves ont utilisé un prompt simple dans un premier temps : « Peux-tu nous améliorer ces questions ? » Toutefois, la majorité a préféré se référer à l’enseignante pour enrichir la syntaxe.
  • D’autres ont exploité l’IA comme générateur d’idées, mais avec des prompts inadéquats :  » Fais moi 5 questions sur le roman Nana » ou maladroits : « Peux-tu m’aider à trouver des questions sur la condition de vie de Cendrillon ?« 
  • L’IA a permis de corriger la syntaxe des questions proposées par les élèves, par exemple, « De quoi parlent tes livres que tu lis ? » est devenue « Quels genres de livres préfères-tu ?
  • Souvent, le contexte n’est pas pris en compte dans l’interview, les élèves posent les questions sans amorce et sans liens les unes aux autres. Le groupe ayant travaillé sur Antigone est le plus parlant : « Comment s’appelle ta soeur ? Est-il vrai que ton père s’est marié avec sa mère ? Qui est ton fiancé ?« 
  • Les réponses des héroïnes sont généralement peu développées puisque la plupart des prompts n’ont pas été travaillés : « réponds à ces questions » avec la liste des questions.
  • Certains ont néanmoins cherché un peu plus de précision : « Je suis une élève de 4eme, je travaille sur Alice (aux Pays des Merveilles), je te pose des questions tu dois répondre comme si tu étais Alice« 
  • On remarque que, la plupart du temps, les réponses de l’IA sont acceptées comme « parfaites » et ne sont pas retravaillées, même si elles sont peu développées ou inadaptées. Ainsi, avec des prompts réalisés sans la prise en compte de l’exercice de l’interview, les réponses sont à la 3eme personne du singulier au lieu de la 1ère et certains élèves n’ont pas perçu le problème.
  • De nombreux élèves ont mélangé marque de moralité et familiarité dans leurs scripts, par exemple en employant le tutoiement face à l’héroïne, ou en utilisant des mots d’argot : « Wesh« 
  • Il faut toutefois nuancer puisque les élèves impliqués dans ce projet ont souvent eu des questions pertinentes et des réponses tout autant intéressantes : « En quoi le fait d’être considérée comme une héroïne influence t-il votre vie? Le mot héroïne, je le vois comme un poids, on attend par ce mot du courage, de la pureté alors que finalement je ne suis qu’une femme qui survit« 
calculator Bilan :
  • Des élèves qui, d’ordinaire, manifestent des difficultés à se mettre au travail, ont été portés par le projet et se sont réellement impliqués.
  • Certains ont apprécié l’utilisation de l’IA qui a permis de clarifier leurs pensées à l’écrit.
  • On note une grande disparité entre les élèves face à l’IA : une profonde méfiance, voir une défiance de la part des élèves ayant le plus de facilité et une trop grande exploitation, très souvent inadaptée, de la part des élèves ayant le plus de difficultés.
  • Face à  la pauvreté lexicale, syntaxique et la superficialité des questions de certains groupes, l’utilisation de l’IA parait inefficace.
  • En effet, beaucoup ont des difficultés à distinguer les éléments importants de la vie des personnages et ne maîtrisent pas les techniques d’amélioration de texte (Méthode DRAS travaillée en classe). Ils se trouvent donc dans l’incapacité de diriger correctement l’IA. 
  • Même lorsque celle-ci apporte des réponses pertinentes, ils ne cherchent pas à pousser le développement.
  • Toutefois, cet exercice a permis a beaucoup d’entre-eux de comprendre que l’IA n’était pas une « entité omnisciente » qui permettait de « faire à la place » mais un outil complexe à maîtriser correctement.
  • La réalisation d’une méthodologie pour améliorer le texte avec une IA n’a pas été suffisante, il faudrait, pour un autre essai sur ce projet que l’enseignant réalise un plan d’action très cadré, listant les tâches à réaliser, pour les élèves ayant le plus de difficultés.

 

Fiche indexée sur Edubase n°24345