Muse, musée … Un musée pour la classe

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Enseignant :
Juliette Sorlin Michel Robbe, Valérie Blardone.
Collège Diderot, Besançon.
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Contexte, durée et classe :

– Établissement REP+
– une classe de 3e
– une année scolaire
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Constats / Objectifs :

Constat :
Après plusieurs années de travaux d’élèves réalisés avec des tablettes, le constat a été fait que les créations des élèves disparaissaient au fur et à mesure qu’elles étaient produites, dans une sorte de trou noir. Le partage était parfois fait par la présentation orale des travaux en fin de séance. Mais sans stockage des travaux, les élèves ne pouvaient pas revenir sur leurs travaux régulièrement, et quand bien même quelques travaux suffisamment légers pour le transfert étaient enregistrés sur l’espace personnel de l’ENT, il semble que les élèves ne retournaient pas consulter le travail. C’est bien la question des traces numériques d’apprentissage qui est en jeu et ainsi une forme d’évolution de la forme scolaire. Comment conserver, exploiter les travaux numériques créés par les élèves pour en faire de réels objets d’apprentissage, matière à des retours critiques ?
Souvent, nous avons remarqué que les élèves oublient les projets au fur et à mesure qu’ils s’accumulent, sans pouvoir capitaliser sur les apprentissages, sur la fierté d’avoir créé un texte, une vidéo, une production artistique.Insistons sur cette difficulté bien spécifique éprouvée par les élèves de REP + à organiser leurs connaissances, à les identifier comme élément constitutif de leur culture, à les nommer, à les catégoriser et à les organiser dans le temps. Ce qui fait qu’une expérience aussi riche soit-elle, n’étant pas reconnue comme telle ni réactivée entre pairs ou par le milieu familial, demeure confinée dans le seul espace-temps de sa réalisation.
Cette année, il a semblé particulièrement important, au vu du nombre de projets menés avec la classe, que les productions puissent être hébergées pour proposer aux élèves un réel partage, des commentaires, et un travail sur la mémoire des projets et des créations. L’idée était donc de nourrir un parcours, celui du PEAC, avec les créations réalisées par les élèves.Le projet réside également dans le fait de susciter chez les élèves une motivation, une fierté, un plaisir, une envie, un investissement pour les projets proposés, en assurant un réel public pour les oeuvres créées. En effet, la plupart du temps les travaux réalisés par les élèves sont à destination du professeur, de temps en temps ils peuvent faire l’objet d’une exposition temporaire dans l’établissement. Mais les oeuvres sont rarement collectivement et durablement exposées au fur et à mesure de leur réalisation. Dans un établissement REP+, avec un profil d’élèves qui ont besoin d’être valorisés et rassurés sur ses compétences, l’idée est de rendre l’ensemble de la classe spectateur/auditeur des créations de chacun. Consacrer quelques heures au cours de l’année à une pause, à un ralentissement du rythme pour prendre le temps de revenir sur ce qui a été créé, appris, inventé, imaginé non seulement sur son propre travail mais également sur le travail des autres élèves. Être fier de son propre travail mais être fier collectivement de l’ouvrage accompli.

Compétence HDA
Objectif d’ordre esthétique, relevant d’une éducation à la sensibilité :
– se familiariser avec les lieux artistiques et patrimoniaux par une fréquentation la plus régulière possible et par l’acquisition des codes associés
– développer des attitudes qui permettent d’ouvrir sa sensibilité à l’oeuvre d’art
– développer des liens entre rationalité et émotion

Domaines du socle :
– Domaine 1 : Les langages pour penser et communiquer
– Domaine 2 : Les méthodes et outils pour apprendre
Outils numériques pour échanger et communiquer
– Domaine 3 : La formation de la personne et du citoyen :
Expression de la sensibilité et des opinions, respect des autres

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Conditions matérielles :

Outil technique :
La question était donc de savoir quel outil numérique permettrait de stocker en toute sécurité le travail des élèves pour permettre une relecture facile et fréquente des travaux, pour chaque élève mais aussi pour l’ensemble de la classe. Il s’agissait de mettre en place un musée de la classe, un lieu de conservation, de mémoire, de valorisation, de partage des créations.
Un blog au sein de l’ENT, pour pouvoir stocker en toute sécurité des vidéos notamment dans lesquelles les élèves s’étaient mis en scène, a paru la solution la plus appropriée.Il s’est agi de ne pas seulement utiliser le blog comme un espace d’exercices en ligne, ou comme un lieu d’hébergement pour rattraper des devoirs, mais bien d’un lieu d’exposition, de publication de productions personnelles, de valorisation des travaux et de partages de réception de créations.
L’établissement dispose de l’ENT ENOE. Le référent numérique de l’établissement a donc été contacté pour permettre l’ouverture du blog et pour permettre l’accès aux élèves de la classe et aux professeurs concernés. Ensuite, le professeur choisit l’architecture du site et organise la publication des travaux. Le choix a été fait, dans ce cas précis, que les publications de travaux ne seraient assurés que le professeur, en fin de séance/séquence. Cf tutoriel.
La plateforme académique, médiacad, qui peut héberger des supports de plusieurs gigaoctets, a permis, notamment, de stocker les vidéos réalisées par les élèves en cours d’arts-plastiques, avec co-intervention du professeur de français.

Tutoriel Blog WordPress

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Mise en œuvre :

Dépôt, par le professeur, au cours de l’année, des travaux de différents projets : EPI maths/français autour de réécriture du recueil Euclidiennes de Guillevic ; EPI français/arts-plastiques/EPS ; visite d’une exposition au Frac Besançon ; projet La parole aux collégiens, spectacle à la Rodia (salle de concert consacrée aux musiques actuelles).

Séances régulières, en classe, consacrées à la lecture et aux commentaires des travaux de l’ensemble de la classe. Ces séances sont vécues très positivement par les élèves qui sont fiers d’être lus, regardés, critiqués.

Un travail interdisciplinaire a été mené, dans un premier temps sur l’expression des émotions, des ressentis, des impressions, notamment en collaboration avec le professeur d’EPS. Une séance en co-intervention a été menée pour amener les élèves à travailler sur leurs émotions de lecture (à travers le corpus de lecture du livre élu, projet académique) qu’ils devaient, ensuite, interpréter lors de séances d’acrosport en EPS, en co-intervention avec le professeur de français, puis montrer lors d’une démonstration pour la journée d’échange avec un autre collège de centre ville travaillant sur le même projet de lecture.

Des retours ont été faits sur les séances d’écriture de commentaires des élèves. Les commentaires laissés ont été explicités avec les élèves pour développer plusieurs compétences, et notamment celle de la prise en compte des normes de l’écrit. Il s’est agi de faire des liens entre les écritures numériques personnelles des élèves et l’écriture numérique de cette activité scolaire pour faire des passerelles entre les différents contextes d’expression et développer cette capacité à passer d’un forme d’expression à une autre.

Dès le début du travail, des commentaires qui faisaient cohabiter expressions françaises et expressions anglaises, des commentaires avec uniquement des émoticones, et des commentaires lacunaires du type « c’est bien » ont été mis en évidence. Il s’est donc agi, petit à petit, d’amener les élèves à étoffer leurs commentaires, à appuyer leurs réactions premières à des analyses plus rationnelles, à argumenter en s’appuyant sur le fond et sur la forme. De plus, ce travail de réflexion et d’écriture est ré-investi pour les questions de brevet pour l’épreuve de français. Par exemple, pour le sujet annale zéro portant sur le poème d’Aragon, « Chagall XI », il a été demandé aux élèves, pour la première question, à propos du vers « Le ciel est un pays de chèvres » : « quel est l’effet sur le lecteur par ce début de poème ? ». Pour le sujet annale zéro sur l’extrait de Geneviève ou la Confidence inachevée d’André Gide, il a également été demandé aux élèves « de quel personnage vous sentez-vous le plus proche ? » mais aussi « quels sont les émotions et les sentiments ressentis par Geneviève au fil de ce passage? ». Ainsi ces questions sur la réception du sujet-lecteur fait-elle la part belle aux émotions, ressentis, impressions que les élèves de cette classe ont des difficultés à exprimer, à caractériser précisément. À cet égard, le travail sur l’expression précise, argumentée a semblé un travail intéressant, tant du point de vue des compétences à acquérir pour le socle commun que pour l’épreuve finale de français du DNB.

Le travail de l’expression de la modalisation a pu également être abordé. Petit à petit, les commentaires ont pu être plus nuancés, plus personnels, plus précis et sortir du binaire « j’aime/j’aime pas » ou « c’est joyeux/c’est triste ».
Pour aider les élèves, un travail d’analyse de commentaires laissés sur le livre Rage, sélection du Livre Élu, nouvelle lu en classe par tous les élèves, a été proposé. La richesse et la nuance des émotions exprimées, a pu ainsi servir de repères aux élèves.
Si l’on compare les commentaires du début d’année avec ceux de la fin de l’année, on constate un étoffement et un enrichissement. Les commentaires n’ont pas été corrigés par le professeur et sont le travail authentique des élèves.

Commentaires – élèves

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Résultats :

– Le retour régulier sur le blog a, également, permis aux élèves de se rendre compte du travail fourni et d’éviter l’amnésie collective. Il semble que ce projet de musée virtuel a donné la possibilité non seulement de ne pas oublier les projets et les compétences acquises mais aussi d’être fier du travail accompli au fur et à mesure de l’année. Le pari était qu’en ayant fait émerger les émotions et réactions de lecteurs/spectateurs/auditeurs du travail des autres élèves, et ainsi ancré plus encore l’appropriation du projet, les souvenirs perdurent, et les acquisitions également. Ce projet a eu pour ambition de créer une bibliothèque intérieure des élèves de manière à ce qu’elle constitue une culture.
calculator Bilan : Plus-values du numérique :
Conserver une trace des travaux numériques ou non créés pendant toute l’année.
Possibilité, pour les élèves, de lire et commenter le travail des autres élèves. Sans le numérique, ce travail ne peut pas être aussi complet. Le numérique permet de nouvelles tâches qui étaient impossibles auparavant. Si l’on se réfère au modèle SAMR développé par Ruben Puentedura, il s’agit bien de transformation des tâches allant même jusqu’à une redéfinition dans le sens où le numérique permet de nouvelles activités qui étaient impossibles avant l’utilisation du numérique.
En effet, l’outil numérique permet d’exposer virtuellement les créations des élèves, sans contingences matérielles de place ou de pérennité de l’exposition. Mais surtout chaque élève peut laisser des commentaires, lisibles par l’ensemble de la communauté du blog, ici la classe. Il semble que plusieurs avantages ressortissent à cette pratique. D’une part, l’élève qui lit les critiques sur son travail a un retour plus large que celui du professeur, il reçoit les avis du large lecteur/spectateur de la classe. D’autre part, l’élève qui prend le temps de laisser des commentaires travaille les compétences d’expression d’un avis argumenté, en faisant la part entre rationalité et émotion.
Intérêt pour les élèves de retrouver facilement leurs travaux pour la préparation à l’oral du DNB, le blog devient un portfolio qui permet de travailler en autonomie.Retour des élèves :
Les séances de visite du musée virtuel ont été très positivement accueillies par les élèves.
Plusieurs élèves étaient très contents de retrouver l’ensemble de leurs travaux pour la préparation de l’oral du DNB.
Les élèves étaient très rassurés par la création du blog sur l’ENT, certains que leurs travaux étaient protégés dans un espace institutionnel, sans être disponibles directement sur internet. Ils ne souhaitaient que leurs créations et notamment les vidéos dans lesquelles ils ont pu se mettre en scène soient diffusées pour un large public.
Un lieu commun, de visite et d’échange a été très apprécié. Les élèves pouvaient laisser leurs commentaires qu’ils savaient être lus. Et tout au long de l’année, ils savaient que leurs diverses productions artistiques seraient publiées, ce qui semble avoir changé la motivation de travail de certains. Il y avait un enjeu à être publié, exposé et regardé par les autres élèves de la classe.

 

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